Sans alcool : mode d'emploi

Que l’envie vous soit venue spontanément (autour du 29 décembre, après un semi-marathon d’apéros et de festins de Noël) ou qu’elle vous soit parvenue par inspiration de votre entourage, je vous dis déjà : bien joué !
Les langues se délient de plus en plus sur nos habitudes alcoolisées, à une époque où la santé physique et mentale nécessite d’être chouchoutée, voire même priorisée.
Comme le sucre, l’alcool est un sujet sensible. Il est évidemment synonyme de festivités, de partages, de détente, d’hédonisme.
En conséquence, lorsqu’est évoquée la suggestion d’une pause ou d’une réduction de sa consommation, l’amalgame est immédiat : pas d’alcool = pas de fun !
Permettez-moi de nuancer. Nous avons affaire, dans ce type de réaction, à un « biais cognitif », une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité. En clair, certaines pratiques sociales sont tellement ancrées dans nos inconscients – personnel et collectif – que l’évocation d’une autre façon de faire est discréditée par réflexe.
Tout ça pour vous dire que l’idée de la pause d’alcool (en janvier, mars ou octobre, peu importe) mérite un second tour de réflexion ! J’espère vous fournir dans cet article certaines informations qui sauront vous faire envisager l’exercice sous un autre angle.
Dry January et ton foie te dit merci
Premièrement, rappelons que l’alcool est une toxine pour le corps. Un poison que notre ami le foie va devoir gérer en priorité absolue. Toute pause ou diminution d’alcool sera donc toujours la bienvenue en ce qui le concerne.
Le foie est un organe vital (on ne vit pas plus de 4 jours sans lui) qui remplit plus de 300 fonctions. Il possède près de deux fois plus de cellules que notre cerveau. Et, plus que tout autre organe, il est soumis à des agressions permanentes car c’est lui qui va neutraliser chaque toxine qui circule dans notre corps pour l’évacuer.
Et des toxines, il y en a beaucoup en nous, en voici quelques exemples :
- les toxines « endogènes » : celles qui résultent de l’activité de nos organes et cellules, qui sont produites naturellement par notre corps, nos propres déchets ;
- les toxines « exogènes » : celles qui proviennent de l’extérieur, auxquelles nous sommes de plus en plus soumis·es :
- pollution environnementale (air atmosphérique, intérieur des habitats)
- résidus de pesticides et de fertilisants dans l’alimentation et l’eau
- toxiques médicamenteux
- additifs alimentaires
Et vous remarquerez que l’alcool ne figure même pas sur cette liste ! Il se rajoute à tout ceci.
La pause d’alcool : guide pratique en 3 points
1. L’état d’esprit
Décider de faire une pause d’alcool sous la pression, la contrainte ou « la mort dans l’âme », ce n’est pas idéal. Au lieu de cela, réfléchissez aux bienfaits, fixez-vous des objectifs réalistes et tenables. Faites-en un challenge sympa, qui vous fait plaisir (et sortir un minimum de votre zone de confort tout de même !).
2. L’organisation
Arrêter bières, vins et gin tonic pour passer tout un mois à manger chips, bonbons et burgers : pas l’idée non plus !
Attention à ne pas remplacer l’alcool par une mauvaise habitude pour compenser. Je vous conseille vivement de lister les activités et boissons alternatives dont vous aurez envie pendant cette période. Car oui, des sensations de manque pourront bien se faire ressentir. Sachez les anticiper et passer la vague de façon organisée !
Voici quelques suggestions :
- sortir faire un tour au grand air
- appeler un·e ami·e
- proposer la visite d’une expo au lieu d’un apéro dans un bar
- se remettre à lire un bon bouquin
- faire une activité physique
- méditer
- cuisiner un bon repas maison
👆🏼 (Je vous donne des suggestions de boissons sympas plus bas dans l’article.)
3. La planification de « l’après »
Tout arrêter en janvier pour repartir en folie en février ne sera pas non plus super judicieux. Malgré tout, je suis d’avis que ce sera tout de même moins pire que de n’avoir jamais arrêté.
(Précision pour celles et ceux qui pourraient se dire : « de toute façon j’ai l’anniversaire de Marc en février et ça va être dingue. À quoi bon arrêter maintenant ?! »)
En tout cas, il est sûr que les comportements extrêmes sont à surveiller et pondérer, y compris dans le sens d’une restriction stricte qui pourrait glisser vers un comportement de contrôle obsessionnel et de quête de santé à tout prix (on parle dans ce cas d’orthorexie, qui est un trouble du comportement alimentaire).
Une fois votre période d’abstinence terminée, faites un petit bilan : qu’est-ce qui a été le plus compliqué ? Et le plus facile ? Est-ce que je me suis senti·e gêné·e socialement ? Comment est-ce que je me suis senti·e au début ? Et à la fin ? Mon corps, mon esprit, comment ont-ils vécu ceci ?
Peu importe vos réponses à ces questions, vous aurez acquis une nouvelle compréhension de vous-même après l’exercice.
Pour la suite, peut-être aurez-vous envie de vous fixer un cadre hebdomadaire qui vous convient, par exemple :
- 0 alcool du lundi au jeudi
- pas plus de 2 verres les jours où je bois
- 4-6 verres par semaine au total
- 1 semaine de pause chaque mois
Pour référence, le seuil au-delà duquel la consommation d’alcool présente un risque pour la santé est de 10 verres standards par semaine.
Si vous pensez être au-delà de manière chronique ou sentez qu’une pause ou une diminution semble problématique, je vous invite à réfléchir sérieusement à l’idée de faire appel à un·e professionnel·le de la santé. Vous trouverez des ressources sur le site safezone.ch.
Une abstinence bienfaitrice, ok, mais à quel point ?
Voici ce que le Dr Batel (psychiatre et alcoologue) rapporte dans un article du magazine Elle de janvier 2023.
Après 1 semaine d’abstinence, on observe :
- un meilleur sommeil (endormissement plus rapide, moins de réveils nocturnes, sensation d’être reposé·e au réveil)
- une meilleure énergie durant la journée
- une amélioration de l’image de soi
- une amélioration de l’humeur
- une diminution du taux de protéines sanguines impliquées dans la survenue de cancers
Après 3 semaines d’abstinence :
- une baisse de la tension artérielle
- une baisse du taux de cholestérol
- une perte de poids (plus rapide chez l’homme que chez la femme)
Après 4 semaines d’abstinence :
- une régression des éventuelles lésions au foie
- une diminution du risque de survenue du diabète de type 2
- une amélioration de l’aspect de la peau (mieux hydratée, moins de rougeurs et de cernes)
- une réduction du risque de cancer pendant toute l’année qui suit
Cette liste, j’espère, vous inspirera ! Que vous arrêtiez pendant tout le mois de janvier ou juste quelques semaines, que vous diminuiez votre consommation sans pour autant l’arrêter complètement, que vous le fassiez en septembre, en mars ou en janvier, peu importe : faites-le de temps en temps ! Votre organisme vous en sera reconnaissant, c’est certain.
La bonne nouvelle : vous ne serez pas seul·e !
Le marché des boissons faibles ou exemptes d’alcool est en plein boom aux États-Unis et le phénomène arrive gentiment chez nous.
Des « caves » spécialisées dans les boissons sans alcool ont ouvert leurs portes, à Paris notamment. Heureusement car, jusqu’ici, les alternatives sans alcool disponibles en grandes surfaces étaient souvent très sucrées ou riches en édulcorants chimiques.
Les alternatives de qualité, bien produites et peu sucrées, sont de plus en plus accessibles et la gastronomie « healthy » s’est également emparée de l’idée. Certains restaurants proposent des accords mets-boissons sans alcool des plus raffinés : bouillons de légumes racines, eau de riz iodée aux agrumes confits, extraction et infusion à froid des plus aromatiques des plantes.
Après des décennies de domination du soda industriel, il est maintenant possible de se faire plaisir avec des boissons saines et savoureuses. Cette nouvelle branche du monde des boissons est appelée « no low », et elle englobe les boissons faibles ou dépourvues d’alcool. Voici les meilleures options, selon moi !
Best of « no low »
- Bières : ça, on connaît déjà ! Privilégiez la production bio (et locale, encore mieux !).
- Vins : privilégiez les blancs pétillants désalcoolisés pour cette catégorie, ils contiennent peu de sucres et leur goût est proche de celui du champagne pour les amateurs !
- Spiritueux : des alternatives « no low » existent pour beaucoup de catégories : gin, rhum, whisky. L’idée étant de les intégrer dans des cocktails à base de boissons peu sucrées, une multitude de recettes déferlent sur le net (rechercher : « cocktail no low »).
- Sans alcool purs : clairement les plus sensés d’un point de vue nutritionnel ! Kombucha, kéfirs, eau aromatisée, ginger beer ! Elles aussi peuvent servir de base à des préparations plus festives ou être dégustées telles quelles.
🤓👆🏼 Le coca-cola classique est à 10 g de sucre pour 100 ml, pour référence !
Boissons naturellement sans alcool à twister légèrement
Sans sucres
- eau (plate ou gazeuse) avec du jus de citron
- eau aromatisée au romarin (pour la journée, car stimulante)
- eau aromatisée à la menthe
- eau de coco
Sucrées (1 par jour maximum)
- tonic avec du jus de citron
- ginger beer
- kombucha
- limonade artisanale
- maté
- boissons au gingembre
Bonus : ma recette no low 😁

Ingrédients pour deux cocktails
- 4 c. à café de sirop passion
- 4 c. à café de jus de gingembre pur
- 4 dl de ginger beer
- 2 dl d’eau gazeuse
- Mélanger tous les ingrédients dans une carafe ou un shaker.
- Bien mélanger.
- Servir dans 2 beaux verres à cocktail avec des glaçons.
- Décorer avec un brin de romarin.
- Déguster !
Supprimer une source d’agression pour le corps est déjà une forme de détox douce. Si vous planifiez votre pause d’alcool durant l’hiver, je vous déconseille d’aller plus en profondeur dans un processus de détoxification.
L’hiver n’est pas une saison adaptée pour des formes de détox plus fortes. Le niveau de vitalité du corps est bas en hiver ; or, la détoxification demande au corps un effort important pour éliminer les toxines installées dans les tissus. S’il n’a pas cette force, on fait pire que mieux.
Tenez-vous-en donc à l’arrêt de l’alcool durant cette période. Le printemps est un moment idéal pour aller plus en profondeur dans le nettoyage de notre organisme.
👉🏼 En attendant, vous pouvez également réserver une séance pour discuter des options qui s’offrent à vous en matière de nutrition favorable à la santé de votre foie !
Merci de votre lecture, et à bientôt !
Laura Petoud
Liens utiles
Sources
- « Mode d’emploi : la révolution “sans alcool” », Delphine Gautherin, ELLE n° 4020, 5 janvier 2023
- « Votre foie a besoin d’amour », Henri et Jean Joyeux, éditions du Rocher, 2020


